Vivre en mode survie à 40 ans : quand la fatigue émotionnelle devient invisible
« Vivre en mode survie » n’est pas une métaphore. Le mode survie, c’est un état physiologique dans lequel le système nerveux reste mobilisé trop longtemps face au stress. Il coupe ce qui n’est pas essentiel pour tenir : l’élan, la motivation, la sociabilité, parfois même la capacité à ressentir du plaisir. On continue à fonctionner… mais on ne vit plus vraiment.
Il y a des jours où je me surprends à sourire ; mais, c’est un sourire mécanique. Je m’occupe de mon fils. Je fais « le nécessaire ». Je coche les cases. À l’extérieur, tout semble normal. Mais à l’intérieur, quelque chose s’est mis en veille. Plus vraiment de joie, plus d’élan, juste cette impression de tenir. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était de la fatigue, ou peut-être une forme de tristesse passagère. Jusqu’au jour où j’ai entendu un professionnel prononcer un mot qui a mis un coup de projecteur sur ce que je ressentais depuis des années : la dysthymie. Aussi appelée trouble dépressif persistant, la dysthymie désigne une forme de dépression chronique, souvent invisible. On ne s’effondre pas… mais on ne vit plus vraiment non plus. Et peut-être que, comme moi, vous vous reconnaitrez?
Quand vivre en mode survie devient la norme
Quand le mode survie s’installe dans la durée, il ne se manifeste pas toujours par un effondrement visible. Il peut, au contraire, prendre la forme d’un fonctionnement silencieux, presque normal en apparence. On continue à se lever, à s’occuper de ses enfants, à travailler, à faire les courses, à répondre aux messages importants. La vie continue. Mais l’élan, lui, disparaît peu à peu. Ce fonctionnement permanent peut parfois correspondre à ce que la médecine appelle une dysthymie (aussi nommée trouble dépressif persistant). Une forme de dépression chronique, plus discrète, qui ne surgit pas brutalement comme un épisode dépressif majeur, mais qui s’installe doucement… parfois sur plusieurs années. Les signes peuvent passer inaperçus, y compris pour nous-mêmes :
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Une humeur grise, presque tous les jours, sans raison évidente.
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Une fatigue constante, comme si chaque matin commençait déjà avec une dette d’énergie.
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La perte de plaisir dans des choses qui, autrefois, nous faisaient du bien.
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Une difficulté à se concentrer, avec l’impression que le cerveau tourne au ralenti.
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Des troubles du sommeil : trop dormir… ou ne jamais vraiment récupérer.
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Et surtout : le fait de continuer à fonctionner malgré tout.
C’est ce qui rend cet état si déroutant. De l’extérieur, tout semble aller. On assure. On sourit. On tient bon. Mais à l’intérieur, quelque chose s’éteint doucement. Et notre entourage ne peut pas toujours le comprendre, non pas par manque de bienveillance, mais parce que ce type d’épuisement ne se voit pas. Et puis personne ne nous a jamais appris à comprendre ce type de comportement !
Pourquoi personne ne voit qu’on ne va pas bien ?
Parce que nous sommes souvent devenues des expertes de la sur-adaptation. On a appris à faire face. À sourire même quand ça va mal. À dire “ça va” par automatisme, parce que c’est plus simple que d’expliquer ce qui se passe vraiment à l’intérieur. À continuer d’avancer, parce que d’autres comptent sur nous.
La psychologue de mon fils, au CMP où il est suivi, m’a dit un jour (quand je lui ai dit que je n’allais pas bien) :
« C’est incroyable, on ne le voit pas du tout. »
Elle parlait de mon mal-être. Je venais tout juste d’oser répondre « en fait non, c’est très dur », après des années à lui avoir répondu “oui oui, ça va” quand elle me posait la question. Avec le temps, même les personnes les plus proches peuvent ne plus savoir comment réagir. Non pas qu’elles s’en moquent. Mais elles ont, elles aussi, leurs propres difficultés à gérer. Alors on continue de fonctionner. En silence. Jusqu’à parfois se demander si l’on n’est pas en train de devenir invisible à soi-même (je pense que c’est ce que je me suis fait).
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Vivre en mode survie : ce que ça fait vraiment
L’anesthésie émotionnelle
L’un des aspects les plus déroutants du mode survie, c’est cette forme d’anesthésie émotionnelle. Ce n’est pas que je n’aime plus. Ce n’est pas que je ne ressens plus rien. C’est que je n’arrive plus à ressentir pleinement. Comme si mes émotions étaient devenues plus lointaines, atténuées, séparées de moi par une vitre invisible. Je m’occupe de mon fils, je l’aime profondément. Mais il m’arrive de fonctionner presque en mode automatique. Non pas par indifférence… mais par épuisement intérieur. J’ai appris que quand le système nerveux reste mobilisé trop longtemps face au stress, il peut “mettre en veille” certaines fonctions non essentielles à la survie immédiate (comme la joie, l’élan ou l’enthousiasme). On continue à faire ce qu’il faut faire. Mais le vécu émotionnel, lui, devient plus flou.
Le retrait social involontaire
Moi qui ai toujours aimé le lien, les échanges, les conversations, je me surprends aujourd’hui à ne plus répondre au téléphone. Pas par désintérêt. Pas par manque d’affection. Mais parce que chaque interaction demande une énergie que je n’ai plus toujours. Répondre à un message, rappeler quelqu’un, maintenir une conversation… peut parfois devenir un effort disproportionné. Comme si mon corps disait simplement : “stop, pas maintenant”. Alors, de l’extérieur, cela peut ressembler à de la distance. À un retrait volontaire. Certains amis peuvent même avoir le sentiment d’avoir été mis de côté. Mais ce retrait n’est pas un choix conscient. C’est souvent une forme de protection. Une manière, pour le système nerveux, de limiter les stimulations quand les ressources sont déjà trop entamées.
Les matins sans élan en mode « zombie »
Il m’arrive de dormir longtemps… et pourtant de me réveiller déjà épuisée. Le corps est lourd. Le mental est lent. L’idée même de commencer une journée “normale” peut sembler demander un effort considérable. Ce type de fatigue ne disparaît pas avec une nuit de sommeil. Je le note en gras car je pensais naïvement que tenter d’améliorer mon sommeil serait une solution (ça n’est pas si simple). Parce qu’elle ne relève pas uniquement du repos physique, mais d’un épuisement plus global (émotionnel, cognitif, et même biologique dans mon cas).
Dans certains cas, comme dans la dysthymie, le cerveau fonctionne au ralenti. Les circuits liés à la motivation ou au plaisir peuvent être moins actifs, et chaque début de journée ressemble à une montagne à gravir… même lorsqu’aucun événement particulier ne l’explique.
Pourquoi ça arrive ? Ce n’est pas une question de volonté
Non, ce n’est pas parce qu’on est “faible”. Et non, ce n’est pas non plus un manque de motivation ou de volonté. Lorsque le corps et le cerveau sont exposés à un stress prolongé (qu’il soit émotionnel, physique ou mental), ils peuvent activer ce que l’on appelle un « mode de survie ». C’est une réponse biologique destinée à nous protéger face à une surcharge devenue trop importante. Dans cet état, le système nerveux reste mobilisé en permanence. Pour tenir dans la durée, il va progressivement réduire certaines fonctions jugées “non essentielles” à la survie immédiate : l’élan, la sociabilité, la créativité, parfois même la capacité à ressentir du plaisir.
On continue à fonctionner. Mais à un coût. Ce fonctionnement peut être le résultat d’un ensemble de facteurs qui s’accumulent au fil du temps : stress chronique, charge mentale élevée, fatigue physique et émotionnelle persistante, événements de vie difficiles, isolement, ou encore déséquilibres biologiques comme une inflammation de bas grade ou des perturbations hormonales. Il peut aussi s’agir d’une longue habitude de sur-adaptation : apprendre à tenir coûte que coûte, à ne pas flancher, à dire “ça va” même quand tout en nous crie le contraire. Alors on continue d’avancer. On assure. On remplit nos rôles. Mais, petit à petit, on se vide.
Peut-on sortir du mode survie ?
Oui. Mais rarement en forçant. Un fonctionnement en mode survie peut s’installer pendant des mois, voire des années, lorsqu’aucun espace de récupération n’est possible. Et il ne disparaît généralement pas avec un simple “coup de boost”, une bonne résolution ou quelques jours de repos. Sortir du mode survie, ce n’est pas se motiver davantage. C’est, au contraire, permettre progressivement au système nerveux de retrouver un sentiment de sécurité. Cela peut passer par des ajustements simples (mais réguliers) qui signalent au corps qu’il n’est plus en danger permanent.
Prendre soin du corps
Soutenir le cerveau et l’organisme par l’alimentation peut constituer une première base : apports suffisants en oméga-3 (par exemple via de petits poissons ou certaines huiles comme l’huile de lin), en magnésium, en vitamines du groupe B (ne pas en négliger aucune surtout la vitamine B12) ou en vitamine D. Améliorer la qualité du sommeil, même légèrement, peut aussi avoir un impact significatif sur la récupération. Prendre en compte ses rythmes circadiens (en respectant davantage les cycles naturels de repos et d’activité) participe également à réguler le stress sur le long terme. Dans certains cas, un accompagnement professionnel peut aider à travailler sur des facteurs biologiques sous-jacents, comme une inflammation de bas grade ou un déséquilibre du microbiote.
Apaiser le système nerveux
Des pratiques corporelles lentes, comme le Qi Gong, le yoga doux ou la cohérence cardiaque, peuvent contribuer à calmer l’hypervigilance sans épuiser davantage les ressources. Bouger en musique, même seule chez soi, peut également aider à relâcher des tensions accumulées et à réactiver des sensations de bien-être parfois mises en veille depuis longtemps.
Retrouver des micro-joies
Sortir du mode survie ne signifie pas forcément “redevenir comme avant”. Il peut s’agir, dans un premier temps, de se reconnecter à des expériences simples : une boisson chaude, une musique apaisante, quelques minutes de marche en silence, ou l’écriture de quelques mots au réveil. De petites expériences de plaisir ou de calme, répétées dans le temps, peuvent progressivement redonner au système nerveux des repères de sécurité.
Recréer du lien… doucement
Lorsque l’énergie revient lentement, recréer du lien peut aussi faire partie du processus. Parfois, cela commence simplement par un message : « Je traverse une période de grande fatigue émotionnelle. Ce n’est pas contre toi si je ne réponds pas toujours. J’essaie de me réparer doucement. » S’entourer de personnes bienveillantes, sans pression ni attente de performance sociale, peut aider à sortir progressivement de l’isolement.
Vivre en mode survie n’est pas une fatalité. Je ne vais pas vous dire que c’est simple. Mais je vais vous dire la vérité : notre cerveau et notre corps ont une capacité réelle d’adaptation… et donc de transformation. Lorsque le système nerveux a appris à rester en alerte pour nous protéger, il peut aussi, avec le temps et dans de meilleures conditions, réapprendre à relâcher cette vigilance permanente.
Pendant longtemps, j’ai cru que je resterais “comme ça”. Fatiguée, ralentie, déconnectée de moi-même. Et pourtant, un jour, quelque chose s’est légèrement déplacé. Sortir du mode survie ne se fait pas en une décision, mais en une série de micro-expériences qui signalent au corps qu’il est, peut-être, enfin en sécurité.
⚠️ Avertissement
Les informations partagées sur ce blog sont issues de mon expérience personnelle et de mes apprentissages dans le domaine de la santé intégrative. Elles ont pour objectif de sensibiliser, informer et encourager une meilleure compréhension de soi, mais ne remplacent en aucun cas un avis médical. Chaque situation étant unique, si vous avez des questions concernant votre santé physique ou mentale, il est essentiel de consulter un professionnel de santé qualifié (médecin, psychologue, etc.). Certaines approches globales de la santé, comme la médecine fonctionnelle ou l’accompagnement holistique, peuvent également constituer des pistes complémentaires pour mieux comprendre l’origine de certains déséquilibres. Dans tous les cas, toute démarche de soin doit être envisagée avec l’accompagnement adapté.





