Pourquoi sommes-nous épuisées ? Femmes, charge mentale, périménopause et réalité du quotidien
Ce moment où tout devient trop | Il y a des moments dans la vie où tout semble se superposer. Les responsabilités, les attentes, les obligations… et cette fatigue qui s’installe, doucement au début, puis de manière plus persistante, jusqu’à devenir presque permanente. On continue d’avancer. On fait ce qu’il faut. On s’organise. On s’adapte. Et pourtant, au fond de soi, quelque chose commence à lâcher. On se demande alors, souvent en silence : “Pourquoi est-ce que c’est si difficile ?”
Pendant longtemps, j’ai cru que cette difficulté venait de moi. Que je n’étais pas assez organisée, pas assez forte, pas assez résistante. Que d’autres femmes y arrivaient mieux, tout simplement. Mais plus j’avance, plus je comprends que cette fatigue n’est pas seulement individuelle. Elle est aussi profondément structurelle, sociétale, invisible. Et c’est en lisant une étude scientifique récente, publiée en 2024 dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health, que quelque chose s’est clarifié. Le titre de l’étude est : « Mais à un certain moment, les lumières se sont littéralement éteintes » : Une étude qualitative explorant les expériences de santé, de bien-être et de fonctionnement des femmes d’âge mûr en lien avec le travail rémunéré.
Cette étude qualitative, menée auprès de 28 femmes âgées de 45 à 60 ans, explore leur expérience du travail, de la vie personnelle… et surtout de l’épuisement. Et ce qu’elle révèle est à la fois troublant… et profondément rassurant.
L’épuisement des femmes d’âge mûr : une réalité scientifique encore trop peu visible
L’étude intitulée “Experiences of Exhaustion in Midlife Working Women” met en lumière un constat central : l’épuisement est le point de convergence des expériences vécues par ces femmes. Il ne s’agit pas d’une fatigue passagère, ni d’un simple surmenage ponctuel. Les chercheuses décrivent un état atteint après un point de rupture, lorsque les femmes se sentent littéralement à bout de forces, aussi bien physiquement que mentalement.
Ce qui est particulièrement important, c’est que cet épuisement n’est pas attribué à une fragilité individuelle. Au contraire, il résulte d’un enchevêtrement complexe de facteurs, principalement liés à deux dimensions majeures :
- D’une part, les conditions de travail, souvent exigeantes, peu flexibles, émotionnellement lourdes,
- Et d’autre part, les contraintes de la vie personnelle, qui ne diminuent pas (bien au contraire).
Ce que souligne l’étude avec beaucoup de justesse, c’est que ce n’est pas un facteur isolé qui épuise les femmes. C’est la superposition des charges, dans un environnement qui n’est pas adapté à leurs besoins réels. Et lorsque ces tensions s’accumulent sans possibilité de récupération, l’épuisement devient inévitable.
Concilier vie professionnelle et vie familiale : un mythe moderne ?
On parle souvent d’“équilibre” entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais si l’on prend un instant pour être honnête, ce mot est presque trompeur. Parce que dans la réalité, il ne s’agit pas vraiment d’un équilibre. Il s’agit plutôt d’un ajustement permanent. D’une adaptation constante. D’un compromis… parfois fragile.
On ne concilie pas vraiment. On fait au mieux, avec les ressources que l’on a, dans un système qui ne ralentit jamais. Préparer les enfants le matin, travailler, penser aux repas, gérer les rendez-vous, anticiper les besoins de chacun, maintenir un minimum d’organisation… puis recommencer, jour après jour. Et au milieu de tout cela, essayer de prendre soin de soi. Mais souvent, c’est justement cela qui disparaît en premier.
Femmes de plus de 40 ans : une charge invisible et sous-estimée
Ce que le texte met également en évidence, c’est que les 28 femmes d’âge mûr participant à cette étude (ici entre 45 et 60 ans) sont particulièrement exposées à cet épuisement. Et cela pour plusieurs raisons.
- D’abord, parce qu’elles occupent souvent des postes à responsabilité, avec une pression professionnelle élevée.
- Ensuite, parce qu’elles sont plus fréquemment exposées à des exigences émotionnelles importantes, à une faible autonomie décisionnelle, et à une charge mentale constante.
- Mais il y a un autre élément, souvent passé sous silence : les transformations physiologiques liées à la périménopause et à la ménopause.
De nombreuses études montrent aujourd’hui que ces périodes peuvent impacter : la concentration, l’énergie, le sommeil, l’humeur, et même la capacité de travail. Et pourtant, dans le monde professionnel, ces réalités restent largement invisibles. Parfois même taboues. Certaines femmes préfèrent ne rien dire, de peur d’être jugées, mises à l’écart, ou considérées comme moins performantes. L’une des participantes de l’étude exprime cette crainte avec une sincérité bouleversante : elle redoute que l’on pense qu’elle n’est “plus utile” simplement parce qu’elle traverse la ménopause. Elle dit plus exactement « « Alors, j’ai peur qu’ils se moquent de moi. Ils diront : “ Vous savez, cette femme est ménopausée et ne sera plus d’aucune utilité pour le reste de la journée de travail. ” Et je ne veux vraiment pas que cela arrive. » (Carola, 13/11/2020) ». Et cette peur en dit long sur le regard que notre société porte encore sur les femmes.
Le quotidien des femmes : une accumulation de rôles qui mène à l’épuisement
Au-delà du travail, la vie personnelle devient elle aussi plus exigeante à cette période de la vie. Beaucoup de femmes se retrouvent à gérer simultanément : leur activité professionnelle, leurs enfants, et parfois leurs parents vieillissants. Cette position “au milieu” (entre générations) est particulièrement éprouvante. Elle demande une disponibilité constante, une capacité d’adaptation permanente, et une énergie que l’on n’a pas toujours. Et c’est précisément cette accumulation que l’étude identifie comme un facteur majeur d’épuisement. Ce n’est pas un rôle en particulier qui épuise. C’est le fait de devoir tout assumer en même temps, sans relâche.
Mon propre vécu : quand tout s’accumule
En lisant cette étude, je n’ai pas pu m’empêcher de me reconnaître dans ce qui était décrit. À 45 ans, mère d’un enfant avec des besoins spécifiques, seule pour gérer le quotidien, en train de construire mon activité, de me former en parallèle, tout en essayant de comprendre ce qui se passe dans mon corps… il y a des moments où j’ai la sensation que tout devient trop. Comme si mon cerveau était saturé.
Il faut penser à tout, en permanence. Anticiper, organiser, s’adapter sans cesse. Préparer les repas, structurer les journées, accompagner son enfant, travailler, apprendre, avancer… sans jamais vraiment s’arrêter. Et ce qui rend les choses encore plus complexes, c’est que mes problèmes de santé ne datent pas d’hier. Ils étaient déjà là.
Mais avec l’arrivée de la périménopause, et tout ce qu’elle implique (notamment cette inflammation dont j’ai pris conscience récemment en lisant d’autres travaux), j’ai le sentiment d’une accumulation. Comme si les difficultés s’empilaient les unes sur les autres, jusqu’à devenir difficiles à porter.
Ce qui m’attriste profondément, c’est l’absence de soutien réel. On parle souvent d’organisation, de solutions, d’équilibre… mais dans la réalité, il n’y a pas toujours de “village” autour de nous pour nous aider. Et même si l’étude ne l’aborde pas directement, je ne peux m’empêcher de me poser la question : la solitude face à tout cela ne serait-elle pas, elle aussi, un facteur majeur d’épuisement ?
En parallèle, il faut aussi composer avec le stress accumulé, la fatigue persistante, et des émotions devenues plus intenses qu’avant… Comme une hypersensibilité. Je ne sais pas exactement ce qui relève de mon accouchement tardif, de la périménopause qui s’installe, ou simplement de tout ce que j’ai traversé ces dernières années. Sans doute un peu de tout cela à la fois. Mais ce que je sais aujourd’hui, avec plus de lucidité qu’avant, c’est que mon corps m’envoie des signaux. Et qu’il est encore temps de les écouter.
Comprendre pour changer : ralentir devient une nécessité
Ce que cette étude m’a permis de comprendre, c’est que l’épuisement n’arrive pas par hasard. Il survient lorsque l’on dépasse un certain seuil, souvent sans même s’en rendre compte. Lorsque l’on donne trop, pendant trop longtemps, sans récupération suffisante. Et surtout lorsque l’on continue à fonctionner comme avant… alors que notre corps, lui, a changé !
C’est peut-être là que se situe le véritable tournant. Accepter que certaines choses ne peuvent plus être faites de la même manière. Non pas comme un échec, mais comme une évolution.
Et pourtant, je dois être honnête : ce mot “échec” m’a traversée l’esprit. Parce qu’en découvrant tout cela (des choses que j’aurais peut-être aimé comprendre plus tôt), je me suis interrogée. Sur ma féminité. Sur ma place dans la société. Sur cette idée, parfois insidieuse, de déclin.
Mais avec un peu de recul, une autre réalité apparaît. Je pense à toutes ces femmes de plus de 40 ans qui continuent d’avancer, de créer, de se réinventer, de transmettre. Des femmes fortes, inspirantes, vivantes. Alors non, il ne s’agit pas d’une fin. Il s’agit d’un passage. Et oui, il y a une vie (une vraie vie) après la périménopause et la ménopause 😊.
Pour conclure | Et si le vrai courage était de se prioriser ? Pendant longtemps, j’ai pensé que le courage consistait à tenir. À continuer malgré tout. À ne pas lâcher. À aller au bout du bout… Aujourd’hui, je commence à voir les choses autrement (il n’est jamais trop tard n’est-ce pas 😊 !). Peut-être que le vrai courage, c’est de ralentir. De s’écouter. De se prioriser. De reconnaître que notre énergie n’est pas infinie. Et que prendre soin de soi n’est pas un luxe, ni un caprice. C’est une nécessité. Surtout dans une société qui nous demande toujours plus.
Et peut-être qu’en acceptant cela, doucement, sans culpabilité…
On commence enfin à retrouver un peu d’équilibre.
Pas parfait.
Mais réel.
Source:
Verburgh M, Verdonk P, Muntinga M, van Valkengoed I, Hulshof C, Nieuwenhuijsen K. « But at a certain point, the lights literally went out »: A qualitative study exploring midlife women’s experiences of health, wellbeing, and functioning in relation to paid work. Work. 2024;77(3):799-809. doi: 10.3233/WOR-220567. PMID: 37781836; PMCID: PMC10977374.
⚠️ Avertissement
Les informations partagées sur ce blog sont issues de mon expérience personnelle et de mes apprentissages dans le domaine de la santé intégrative. Elles ont pour objectif de sensibiliser, informer et encourager une meilleure compréhension de soi, mais ne remplacent en aucun cas un avis médical. Chaque situation étant unique, si vous avez des questions concernant votre santé physique ou mentale, il est essentiel de consulter un professionnel de santé qualifié (médecin, psychologue, etc.). Certaines approches globales de la santé, comme la médecine fonctionnelle ou l’accompagnement holistique, peuvent également constituer des pistes complémentaires pour mieux comprendre l’origine de certains déséquilibres. Dans tous les cas, toute démarche de soin doit être envisagée avec l’accompagnement adapté.






